Citoyens rassemblés par une profonde inquiétude et une très
forte volonté de changement, nous avons fait barrage à la circulation
sur le Périphérique et installé sur la chaussée
un Carré Vert, symbole de résistance à
l’asphyxie et à la pollution de nos villes par le trafic automobile.
Notre action n’est pas dirigée contre les automobilistes, qui le
plus souvent sont les otages et les victimes de politiques de déplacement
qui ont trop longtemps négligé les transports collectifs et les
circulations douces. Nous souhaitons au contraire associer les automobilistes
et l’ensemble de la population à notre Manifeste,
Nous n’acceptons plus la situation actuelle
Par notre irresponsabilité collective,
nous sommes en train de nous désolidariser des générations
futures, de nos propres enfants, en leur léguant des problèmes
insolubles.
Nous savons maintenant que le changement climatique
qui menace la survie même de l’Humanité, est la conséquence
directe de l’activité humaine et notamment des modes de vie occidentaux,
caractérisés par un niveau de consommation et une forme de mobilité
insoutenables pour l’environnement.
Formidable instrument de liberté, d’échanges
et de croissance, la mobilité s’est développée massivement
sur le modèle de la voiture individuelle pour tous, et grâce à
l’utilisation des énergies fossiles, au détriment des autres
modes de déplacement, transports en commun et circulation douces (marche,
vélo, roller,...). Principale source de pollution de l’air en Ile-de-France,
le secteur des transports contribue à plus de 40% aux émissions
de gaz à effet de serre.
L’automobile présente un bilan digne
d’une guerre mondiale : 30 millions de morts au XXème siècle
et actuellement, un million de tués par an dans le monde !
Plus grosse autoroute européenne avec 1,2
million de voiture par jour, le Boulevard Périphérique symbolise
la domination écrasante de la voiture individuelle sur tous les autres
modes de transport.
Dans une agglomération qui manque cruellement
d’espaces verts, il occupe 5 fois la surface du Jardin du Luxembourg.
Et plus de 80% de l’espace public francilien est livré aux voitures.
Le Périphérique est un mur, une
fracture urbaine aussi symbolique que réelle, qui coupe et isole Paris
de la banlieue. Les statistiques montrent que cet immense anneau de bitume qui
encercle la capitale, agit comme une frontière pour les circulations
douces : on ne traverse le Périf que propulsé par un moteur, celui
d’un transport collectif ou de son véhicule personnel.
Des études très récentes
d’AIRPARIF ont mis en évidences le très fort impact du Périphérique
sur la qualité de l’air, jusqu’à plusieurs centaines
de mètres de l’ouvrage. Constat insupportable : la pollution émise
par la circulation du Périphérique porte directement atteinte
à la santé de plus d’un demi-million d’habitants et
présente un réel danger pour les personnes souffrant de pathologies
respiratoires et cardiovasculaires. Indicateur inquiétant : les arbres
qui bordent le Périphérique vivent deux fois moins
longtemps que ceux situés dans Paris intra-muros : 20 ans au lieu de
40.
Plus généralement, selon AIRPARIF
plus de 60% des franciliens respirent chroniquement un air de
qualité non satisfaisante.
Nous protestons contre l’inaction des pouvoirs publics
Devant ces constats alarmants, les pouvoirs
publics semblent incapables de prendre la réelle mesure des enjeux et
de proposer la rupture qui s’impose.
Certes, la Mairie de Paris agit depuis plusieurs
années pour redistribuer l’espace public au profit des transports
en commun et des circulations douces. Des communes de banlieue aussi prennent
des initiatives, mais il reste tant à faire !
En matière de déplacements urbains,
le récent Grenelle de l’environnement n’a pas amené
d’avancées réellement significatives à la hauteur
des enjeux. La proposition de réduire la vitesse sur autoroute à
120 km/h a même été rejetée, alors qu’elle
aurait permis d’économiser 2 millions de litres d’essence
par an et de réduire en conséquence les émissions de CO2.
Si l’éco-pastille va dans le bon sens, elle n’aura aucun
effet sur le nombre de voitures individuelles, totalement insoutenable.
Nous appelons à des changements très profonds
Face à de tels enjeux, il est urgent
de repenser en profondeur l'organisation des déplacements urbains pour
créer les conditions d’une mobilité soutenable qui ne se
développe pas au détriment de la santé publique, qui doit
primer sur toute autre considération.
Il faut définir une stratégie globale
pour les années à venir, pour Paris et l’agglomération,
beaucoup plus ambitieuse que les actuels Plan de déplacement de Paris
(PDP) et Plan de Déplacements Urbains d’Ile-de-France (PDUIF).
Agir pour la qualité de l’air et
la santé publique, impose de réduire drastiquement la place de
la voiture individuelle et de redistribuer l’espace public au profit des
transports en communs et des circulations douces.
Nous demandons que les mesures suivantes
soient engagées dans les meilleurs délais à l’échelle
de l’agglomération parisienne :
Renforcement de l’offre de transports collectifs notamment
de banlieue à banlieue (extension du tramway des maréchaux,
projet de rocade ferroviaire autour de Paris, augmentation du trafic sur les
lignes de métro saturées, amélioration de la qualité
et de la régularité,...)
Développement massif de l’intermodalité
entre les différents modes de transports, notamment train / vélo
Poursuite et accélération du réaménagement
de la voirie au profit des bus et des vélos, avec une attention particulière
à la continuité des pistes cyclables aux portes de Paris
Accroissement de l’offre d’autopartage
Incitation au covoiturage
Défiscalisation des déplacements professionnels
et bénévoles en vélo
Et sur le Boulevard Périphérique plus spécifiquement
:
Limitation de la vitesse à 50 km/h
Création d’une voie réservée aux
bus, aux taxis et au covoiturage
Taxation des poids-lourds en transit pour les inciter à
éviter le cœur de l’agglomération
Ouverture du Périphérique une journée
par an à l’usage exclusif des circulations douces et des piétons,
pour une grande fête populaire du sport, de l’environnement de
la fraternité.
On ne fera pas le Grand Paris avec une autoroute enfermant la
capitale dans les limites de ses anciennes fortifications. Il faut progressivement
gommer cette frontière en transformant le Périphérique
en boulevard intégré dans le tissu urbain et partagé entre
tous les modes de déplacement.
Toutes ces mesures techniques favoriseront l’évolution
de nos propres comportements individuels, sans lesquels aucun changement profond
n’est possible. Chacun de nous peut contribuer à relever le formidable
défi de la mobilité soutenable. Nous appelons les propriétaires
de voiture à moins utiliser leur véhicule, à lui préférer
aussi souvent que possible les transports en commun, le vélo ou la marche.
L’exemplarité des élus peut être un
puissant moteur d’adhésion au changement pour la population. Ainsi
doivent-ils être les premiers à réduire l’usage de
la voiture, qu’elle soit personnelle ou véhicule de fonction.
L’énergie musculaire est disponible en quantité
illimité et ne génère aucune pollution. Formidable
gisement d’énergie renouvelable, que chacun d’entre nous
produit à volonté et qui peut remplacer la voiture pour une large
proportion des déplacements en ville, grâce à l’usage
des moyens de transports à « propulsion humaine » (marche
à pied, roller, vélo).
Cette énergie produite par nos muscles présente
un intérêt majeur en termes de santé publique. Elle a d’abord
un effet direct : la pratique sportive régulière maintient en
bonne santé et prévient de nombreuses maladies. Et aussi un effet
indirect : l’utilisation de l’énergie musculaire à
la place des énergies fossiles permet de réduire la pollution
pour un air de meilleure qualité. C’est aussi moins de nuisances
sonores et olfactives, et moins d’accidents. C’est enfin la possibilité
d’enrichir les liens
sociaux, réduits par l’enfermement qu’impose la voiture individuelle.
Ainsi, un recours accru à l’énergie musculaire offrira une
meilleure santé et une meilleure qualité de vie pour tous.
Actuellement, l’usage du vélo dans l’agglomération
reste marginal : à peine 2% des déplacements. Pourtant il est
plus rapide que la voiture dont la vitesse moyenne dans Paris ne dépasse
pas 16 km/h, compte tenu de la congestion du trafic. Vitesse qui décroit
encore nettement si l’on ajoute au temps de transport, le temps de travail
nécessaire à l’acquisition et au fonctionnement de la voiture.
Ajoutons que la compacité du cœur de l’agglomération
parisienne (l’A86 est à moins de 10km du centre de Paris) est bien
adaptée aux circulations douces. Et le vélo peut offrir une solution
efficace pour les déplacements transversaux, entre communes de banlieue,
là où l’offre de transport en commun est notoirement insuffisante.
Plus rapide, moins cher, moins polluant, meilleur pour
notre santé et pour le renforcement du lien social, voilà les
avantages du vélo sur la voiture individuelle !
Nous appelons les citoyens à se mobiliser et à
nous rejoindre
En Ile-de-France ou ailleurs, comme nous, vous
êtes inquiets et vous voulez que les choses changent réellement
? Vous partagez nos constats et nos propositions ?
Alors rejoignez notre « Manifeste pour une mobilité soutenable
».
En le signant, vous prenez l’engagement personnel de réduire,
autant que cela est possible, l’utilisation de votre voiture.
Avec vous, nous pouvons déclencher une puissante dynamique d’adhésion
au changement, susceptible de rassembler largement la population.
Et nous pèserons sur les pouvoirs publics pour que les mesures techniques
soient mises en œuvre.
Ensemble, nous allons changer la ville et changer la vie ! Pour nous
et pour nos enfants.
Avec la promesse d’une meilleure
santé pour tous, du renforcement des liens sociaux et d’une ville
plus agréable à vivre.